
Les conseils de Luc Julia, co-créateur de Siri, pour démystifier l’IA et mieux l’utiliser dans les RH
L’intelligence artificielle est partout : dans les discussions des COMEX, les outils RH, le quotidien des équipes. Et, parfois aussi, au cœur de vos inquiétudes :
Va-t-elle remplacer certains métiers ? Peut-on lui faire confiance pour recruter ? Faut-il former massivement les équipes ? Comment éviter les erreurs de confidentialité ?
Pour les DRH, la question n’est plus de savoir si l’IA va transformer le travail, mais comment bien l’intégrer.
Au micro de Jennifer Sitruk, Luc Julia, co-créateur de Siri, invite justement à adopter un regard plus pragmatique.
Son message : l’IA peut être extraordinairement utile, à condition de comprendre ce qu’elle est réellement… et ce qu’elle ne sera probablement jamais.
Voici cinq réflexes pour intégrer l’IA dans les RH avec discernement.
Le débat sur l’IA est souvent mal mené. On parle productivité, automatisation ou disparition des métiers avant même de comprendre la technologie elle-même.
Or, pour Luc Julia, une partie des peurs actuelles repose sur un immense malentendu.
Sa réponse ? « L’intelligence artificielle n’existe pas. »
Une phrase volontairement provocatrice, qu’il assume pleinement.
Ce qu’il cherche à rappeler derrière cette formule, c’est que les outils actuels ne pensent pas comme des humains. Ils ne comprennent pas le monde, ne développent ni intuition, ni conscience, ni créativité.
Les IA génératives fonctionnent à partir de statistiques. Elles analysent d’immenses volumes de données existantes afin de produire la réponse statistiquement la plus probable.
Une mauvaise compréhension de l’outil crée les mauvaises attentes.
Si l’on imagine l’IA comme un bras droit capable de prendre des décisions à notre place, le risque est de lui accorder un niveau de confiance excessif.
Or, les RH manipulent des sujets profondément humains :
Autrement dit, des contextes où le jugement et le discernement restent essentiels.
Avant de parler outils ou transformation RH, un premier réflexe s’impose donc : démystifier l’IA.
Il faut en comprendre les forces, mais surtout les limites.
Une fois le fantasme dissipé, une question beaucoup plus intéressante apparaît : où l’IA peut-elle réellement aider les RH ?
Sur ce point, Luc Julia est plutôt optimiste.
Pour les tâches qui relèvent d’une logique statistique, rédactionnelle ou structurée, les gains de temps sont déjà tangibles. Vous pouvez par exemple :
Mais les limites apparaissent dès que l’on touche à la relation humaine. Le recrutement en est probablement l’exemple le plus révélateur.
« C’est un métier humain. »
Luc Julia insiste sur un point souvent oublié dans les débats autour de l’IA : tout ce qui relève du ressenti reste extrêmement difficile à capturer.
Dans un entretien, une grande partie de l’évaluation ne repose pas uniquement sur les mots.
Une interaction réussie ne se résume donc jamais entièrement à des données. Au contraire, c’est souvent ce que les données capturent le moins bien qui fait la différence.
À mesure que les outils progressent, la valeur résidera probablement dans les compétences humaines comme l’écoute, l’empathie et le discernement.
L’IA peut donc libérer du temps – à réinvestir au bon endroit.
L’IA ouvre de vraies opportunités RH. Encore faut-il éviter certains pièges.
Parce qu’une réponse semble rationnelle, on peut vite lui accorder trop de confiance.
Pourtant, les IA apprennent à partir de données historiques — et ces données sont souvent biaisées.
« Les IA englobent nos biais », rappelle Luc Julia.
Un outil de recrutement entraîné sur des décisions passées risque donc de reproduire certains schémas existants.
Pour les DRH, l’enjeu est clair : clarifier les objectifs et construire des garde-fous, notamment sur les sujets de diversité, d’équité et d'inclusion (DEI).
Les RH manipulent des données particulièrement sensibles.
Luc Julia cite l’exemple de Samsung, où des collaborateurs avaient partagé des données confidentielles dans des outils IA publics pour travailler plus vite. Conséquence : une fuite majeure d’informations.
Votre entreprise doit donc clarifier :
L’IA peut accélérer certaines tâches. Mais il faut toujours formuler les bonnes demandes, vérifier les résultats et corriger les erreurs.
« Ce n’est pas le nombre d’heures qui compte, c’est la qualité de ce qui est généré », prévient Luc Julia.
Le travail ne disparaît pas : il change de nature. Et parfois, la charge cognitive augmente autant que la productivité.
L’IA s’est diffusée dans les entreprises à une vitesse impressionnante.
Fin 2022, des millions de collaborateurs découvrent soudainement des outils accessibles, puissants et faciles d’usage.
Pour Luc Julia, beaucoup d’organisations restent encore insuffisamment préparées ; un outil puissant utilisé sans recul peut devenir problématique.
L’enjeu n’est donc pas uniquement technologique, mais aussi culturel.
« L’important dans l’utilisation des IA, c’est d’avoir un esprit critique », explique le co-créateur de Siri.
L’IA fonctionne particulièrement bien lorsqu’elle augmente une expertise déjà existante.
En revanche, s’appuyer sur elle dans un domaine mal maîtrisé devient risqué. L’outil ne remplace pas la compétence. Il la renforce.
Pour les DRH, cela implique de développer de nouveaux réflexes collectifs :
Une organisation mature n’est pas celle qui utilise le plus d’outils, mais celle qui sait quand leur faire confiance et quand les remettre en question.
À l’ère de l’IA générative, certaines entreprises tombent dans le piège de vouloir tout transformer immédiatement.
Résultat ? Multiplication d’initiatives dispersées, cas d’usage mal choisis, déconnexion avec les besoins métier.
Luc Julia recommande une approche beaucoup plus pragmatique :
« Trouvez une tâche répétitive dont vous n’êtes pas entièrement satisfait. »
Autrement dit, commencez petit.
L’objectif n’est pas de remplacer les professionnels RH, mais de leur permettre d’investir davantage de temps dans ce qui crée vraiment de la valeur.
L’IA ne signe pas la fin de la fonction RH telle que nous la connaissons.
Elle vous invite plutôt à recentrer votre rôle sur ce qui crée le plus de valeur : le discernement, la relation, l’accompagnement et la compréhension fine des situations humaines.
Pour les DRH, le défi n’est donc peut-être pas de faire plus avec l’IA, mais de mieux investir le temps qu’elle permet de libérer.
Vous souhaitez mieux intégrer l’IA dans votre fonction RH ?
Voici six actions concrètes à tester dès cette semaine :
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